Lancée en septembre 2024, la campagne DOXAMI, qui signifie « parlons-en » en fongbé, vise à briser le silence autour de l’accès aux services sécurisés d’avorgement dans le cadre légal béninois. Elle mobilise des organisations, des jeunes, des femmes, des professionnel.le.s de santé, des leaders d’opinion et des influenceurs pour lutter contre la stigmatisation, déconstruire les tabous et mieux informer sur les droits.
DOXAMI s’inscrit dans un contexte où, au Bénin, beaucoup de jeunes et de femmes ont encore un accès limité à des informations fiables, et connaissent peu le cadre légal lié à l’IVG. Les normes sociales et les jugements freinent aussi les échanges et l’accès à des services sûrs. A travers des approches artistiques, culturelles et digitales, la campagne cherche à rendre l’information plus accessible, à encourager la prise de parole et à créer un environnement plus ouvert autour de ces questions.
Les diverses activités
Résidence d’écriture artistique
En prélude aux activités artistiques allant dans le compte de la campagne DOXAMI, une résidence d’écriture a été organisée du 28 au 31 mai 2025 à Grand-Popo par Jeunes Volontaires pour la Santé (JVS), réunissant 20 jeunes artistes et créateurs culturels autour des droits en santé sexuelle et reproductive. Conçue comme un espace structuré de co-création, cette activité a combiné séance d’échanges et de clarification des valeurs, renforcement des connaissances juridiques, design thinking et production artistique. Les participant.e.s ont d’abord pris part à des sessions de réflexion autour des perceptions et réalités liées à l’IVG au Bénin, suivies d’une série de sessions de renforcement de capacités sur les DSSR, sur le cadre légal afin de garantir des contenus fiables. Sur cette base, ils et elles ont développé des œuvres artistiques (pièces théâtrales, créations visuelles) inspirées de situations réelles, intégrant des messages accessibles et non stigmatisants. Ce processus a permis non seulement la production de supports artistiques de sensibilisation adaptés aux communautés pour les activités artistiques de la campagne ( théâtre forums, vernissage…), mais aussi un renforcement des capacités des participant.e.s, désormais positionné.e.s comme relais pour la promotion des droits en santé sexuelle et reproductive.
Représentations artistiques “Théâtre forum’’ en communauté
Dans la continuité de la résidence d’écriture, qui a permis de former et d’outiller les jeunes artistes, Jeunes Volontaires pour la Santé a déployé des représentations de théâtre forum à l’Université d’Abomey-Calavi puis dans la commune d’Allada, afin de mettre en scène les œuvres produites et engager directement les communautés. La pièce intitulée « DOXAMI : le cri d’un silence qui hurle et qui consume » a notamment abordé, en plus des grossesses non désirées et du poids du jugement social, la situation de détresse d’une jeune fille souhaitant recourir à un service d’IVG et confrontée à des pressions familiales. Ces représentations ont mobilisé un public majoritairement jeune, avec près de 300 participant.e.s autour de ces réalités sociales. Fidèle à l’approche du théâtre forum, le public a été activement impliqué, avec plusieurs participant.e.s qui sont monté.e.s sur scène pour montrer les réalités de leur communauté et proposer des alternatives aux scénarios initiaux. Cette dynamique participative a favorisé la libération de la parole, la confrontation des expériences et l’émergence de solutions ancrées dans les vécus. Les représentations ont également permis de renforcer l’accès à une information fiable, notamment sur le cadre légal de l’IVG au Bénin, tout en orientant les participant.e.s vers des services d’accompagnement comme la ligne OREMI. Chaque représentation est précédée d’un pré-test et d’un post-test dynamique sous forme de question- réponse avec le public et des récompenses à la clé.
Vernissage Immersif
Dans la continuité des activités artistiques de la campagne DOXAMI, un vernissage immersif a été organisé mobilisant l’art et l’expérience sensorielle pour aborder les réalités liées à l’accès à l’IVG sécurisée au Bénin. Cette activité a réuni plus de 240 participant.e.s aux profils variés (professionnel.le.s de santé, étudiant.e.s, activistes et jeunes engagé.e.s) autour d’un parcours immersif retraçant le vécu des femmes confrontées à des grossesses non désirées. À travers une succession d’installations artistiques, les participant.e.s ont été plongé.e.s dans un cheminement allant de la stigmatisation sociale à la détresse émotionnelle, jusqu’aux inégalités d’accès aux services sécurisés. Un accent particulier a été mis sur la vulgarisation du cadre légal, notamment la loi n°2021-12 du 20 décembre 2021. Le parcours s’est achevé sur des témoignages de femmes, mettant en avant résilience, choix éclairés et continuité de vie. En combinant émotion, information et réflexion, ce vernissage a permis de renforcer la compréhension des enjeux, de déconstruire les préjugés et d’encourager un engagement individuel et collectif en faveur d’un accès plus humain et sécurisé aux services d’IVG.
After Work avec les professionnel.le.s de la santé
Dans le cadre de la campagne DOXAMI, Jeunes Volontaires pour la Santé (JVS) a organisé une série d’afterworks à destination des professionnel.le.s de santé dans les communes d’Abomey-Calavi, d’Allada et de Djougou, réunissant au total plus de 200 participant.e.s autour des enjeux liés à l’accès à l’IVG sécurisée et au cadre légal en vigueur au Bénin. Pensés comme des espaces conviviaux d’échanges et de dialogue professionnel, ces afterworks ont permis d’aborder des thématiques clés telles que la clause d’objection de conscience, les obligations des prestataires de santé et surtout l’équilibre entre droits des patientes et obligations des professionnel.le.s de la santé. À travers des panels, des discussions interactives et des analyses de cas pratiques, ces rencontres ont mis en évidence des niveaux de compréhension variables du cadre légal, tout en favorisant une clarification progressive des responsabilités et des bonnes pratiques. Elles ont également permis de faire ressortir les réalités de terrain, notamment les difficultés d’accès aux services dans certaines zones, et de proposer des pistes d’amélioration pour garantir un accès effectif, non stigmatisant et sécurisé aux soins de santé reproductive. Ces afterworks ont ainsi constitué un levier important de renforcement des capacités des professionnel.le.s et de promotion d’une prise en charge plus cohérente et respectueuse des droits des patientes.
Podcast ‘’Talk Show DOXAMI ‘’
Le volet podcast de la campagne DOXAMI s’est structuré autour de deux épisodes complémentaires visant à renforcer la compréhension des enjeux liés à la santé sexuelle et reproductive au Bénin. Le premier épisode a été consacré à la compréhension du cadre légal, à travers le thème : « Comprendre la loi n°2021-12 du 20 décembre 2021 modifiant et complétant la loi de 2003 sur la santé sexuelle et reproductive ». Il a permis de vulgariser les dispositions encadrant l’IVG sécurisée et de lutter contre la désinformation. Le deuxième épisode du talkshow a, quant à lui, abordé les réalités sociales à travers le thème : « Impact des stéréotypes sur l’accès aux soins de santé sexuelle et reproductive, y compris l’IVG sécurisée ». Il a mis en lumière la manière dont les préjugés, normes sociales et jugements influencent l’accès aux services et les décisions des jeunes et des femmes. Ensemble, ces deux épisodes ont permis d’articuler information juridique et analyse des réalités sociales, en offrant un espace d’échange accessible et pédagogique pour favoriser une meilleure appropriation des droits en santé sexuelle et reproductive.
Sessions d’arbre à palabres
Sous l’approche « Sous l’Arbre à Palabre », une pratique culturellement ancrée, des espaces de dialogue communautaires ont été organisés à Sainte Cécile (Cotonou) et à Godomey, autour des réalités liées à l’IVG sécurisée et du cadre légal en vigueur au Bénin. En s’appuyant sur des récits issus des communautés et des mises en scène portées par des jeunes, ces rencontres ont permis de mettre en lumière des situations concrètes de grossesses non désirées, de désinformation et de stigmatisation sociale. Les premiers échanges ont révélé des perceptions fortement marquées par les tabous et le manque d’informations fiables, avant d’évoluer progressivement vers une meilleure compréhension des conditions d’accès à l’IVG sécurisée et du rôle central du dialogue familial et communautaire. À travers une approche participative et culturellement ancrée, ces espaces ont favorisé une libération progressive de la parole, transformant un sujet longtemps tabou en un véritable espace de réflexion collective. Ils ont également permis de renforcer la diffusion d’informations sur les dispositifs d’accompagnement, notamment la ligne OREMI, contribuant ainsi à rapprocher les communautés de services fiables, encourager des décisions éclairées en santé sexuelle et reproductive et réduire le taux des avortements clandestins dans les communautés.
Quelques recommandations
- Impliquer les aides-soignants et pharmaciens dans l’effectivité de la loi sur l’IVG, notamment du fait de l’IVG médicamenteuse.
- Former les forces de sécurité (OPJ, policiers) et sensibiliser les bénéficiaires sur leurs droits et les recours possibles en cas de refus d’accès à l’IVG.
- Co-définir avec les acteurs judiciaires un parcours clair d’accès à l’IVG dans les formations sanitaires, y compris les procédures en cas de refus.
- Documenter systématiquement les cas de refus afin de renforcer le plaidoyer et garantir l’accès effectif aux soins malgré l’objection de conscience.
- Impliquer les psychologues dans les instances de décision liées aux soins d’IVG.
- Encourager la lecture et l’appropriation des textes de loi relatifs à l’IVG pour une meilleure connaissance des droits et obligations.
- Intensifier la sensibilisation communautaire, y compris auprès des leaders religieux et communautaires, pour lever les tabous.
- Encadrer et stabiliser les coûts des services d’IVG afin de réduire les barrières financières.
- Renforcer la coordination entre les acteurs de la santé et les organisations de la société civile.
- Renforcer la formation et le recyclage des professionnels de santé sur le cadre légal et la prise en charge de l’IVG.
- Etendre les représentations du théâtre forum à d’autres zones et de produire le théâtre dans plusieurs autres langues locales
- Reproduire les œuvres clés du vernissage en expo itinérante pour toucher les communes et zones périurbaines. (Abomey-Calavi, Allada, Porto-Novo, Ouidah, Parakou…).






