L’art comme levier de sensibilisation : JVS mobilise les talents locaux pour transformer les perceptions autour de la santé sexuelle et reproductive à Allada, Zè et Abomey-Calavi à travers les Journées d’Art Communautaire.
Face à la persistance des grossesses non désirées, des avortements clandestins et des tabous entourant la santé sexuelle et reproductive au Bénin, Jeunes Volontaires pour la Santé, avec l’appui du Safe Abortion Action Fund, a initié et mis en œuvre les Journées d’Art Communautaire (JAC) 2026 autour du thème : « Transformation des normes et perceptions liées à l’accès aux services de santé sexuelle et reproductive, y compris l’IVG sécurisé : les talents locaux se mobilisent ».
Déployée dans les communes d’Allada, Zè et Abomey-Calavi, cette initiative innovante a combiné diagnostic communautaire, formation, création artistique et mobilisation citoyenne afin de renforcer les connaissances des jeunes et des communautés sur les droits en santé sexuelle et reproductive (DSSR), notamment l’accès à des services sécurisés d’interruption volontaire de grossesse (IVG).
Un contexte marqué par la persistance des avortements à risque
Depuis l’adoption de la loi modificative n°2021-12 relative à la santé sexuelle et reproductive, le Bénin a franchi une étape importante en élargissant le cadre légal d’accès aux services d’IVG sécurisé. Malgré cette avancée, de nombreux défis subsistent, particulièrement chez les jeunes, qui demeurent confrontés à un accès limité à l’information fiable, à l’éducation sexuelle complète et à des services de santé adaptés.
Les tabous sociaux, la stigmatisation, les croyances erronées autour de la contraception et de l’avortement ainsi que les contraintes économiques continuent d’alimenter le recours aux avortements clandestins et non sécurisés, contribuant encore à la mortalité maternelle.
C’est dans cette dynamique que JVS a choisi de s’appuyer sur l’art communautaire comme outil de sensibilisation, de dialogue et de transformation sociale.
Un diagnostic communautaire pour comprendre les réalités locales
En prélude aux Journées d’Art Communautaire, un diagnostic communautaire intitulé « Cartographie des silences » a été réalisé afin de mieux comprendre les obstacles liés à l’accès aux services de santé sexuelle et reproductive, y compris l’IVG sécurisé et les soins post-avortement.
Cette étude a mis en évidence plusieurs facteurs limitant l’accès des jeunes filles et des femmes aux services de santé reproductive :
- la peur du jugement social ;
- les pressions familiales et communautaires ;
- les idées reçues autour des contraceptifs ;
- le manque d’informations fiables ;
- les difficultés économiques ;
- l’insuffisance de confidentialité dans certains services de santé.
Le diagnostic a également révélé l’existence de parcours de soins souvent dangereux, marqués par le recours à des méthodes traditionnelles ou clandestines avant une prise en charge médicale tardive.
Les conclusions de cette phase ont permis d’adapter les messages et contenus artistiques développés dans le cadre des JAC afin qu’ils répondent réellement aux réalités socioculturelles des communautés ciblées.
Former des talents locaux pour porter les messages DSSR
À l’issue d’un casting organisé à la Maison des Jeunes d’Allada, vingt (20) jeunes talents issus du chant, de la déclamation, du théâtre et de la chorégraphie ont été sélectionnés pour participer à un laboratoire de co-création artistique.
Pendant quatre jours, ces jeunes ont bénéficié de sessions de renforcement de capacités sur :
- les droits sexuels et reproductifs ;
- le consentement ;
- les infections sexuellement transmissibles ;
- les grossesses non désirées ;
- le cadre légal de l’IVG sécurisé au Bénin.
Les formations ont été animées dans une approche participative par une équipe d’expert de JVS, tandis que les répétitions et créations artistiques ont été encadrées par le célèbre metteur en scène béninois Didier NASSEGANDE.
Les évaluations initiales ont révélé un faible niveau de connaissance des artistes sur les questions liées à la santé reproductive, particulièrement sur les dispositions légales relatives à l’IVG sécurisé. Les sessions de formation ont ainsi permis de renforcer leurs connaissances tout en les accompagnant dans la création d’œuvres artistiques engagées et culturellement adaptées.
Cette dynamique de co-création a abouti à plusieurs productions artistiques individuelles des artistes et groupes artistiques, dont la pièce collective « MI WA HLINMIN », conçue pour sensibiliser les communautés sur les dangers des avortements clandestins et l’importance de l’accès à des services sécurisés.
Une journée immersive mêlant art, sensibilisation et participation communautaire
Organisée sous forme de festival éducatif et culturel, la Journée d’Art Communautaire d’Allada a réuni de nombreux jeunes autour d’activités interactives et immersives.
La matinée a été marquée par des jeux éducatifs et participatifs, courses en sacs, quiz DSSR, Jenga, ludo ou encore scrabble, permettant d’aborder de manière ludique plusieurs thématiques : le consentement, les contraceptifs, les infections sexuellement transmissibles, les menstruations, les grossesses non désirées, l’accès aux services d’IVG sécurisé.
Les participant.e.s ont ensuite pris part à un parcours immersif structuré en cinq stations thématiques consacrées : au consentement libre et éclairé ; à la prévention des grossesses non désirées ; aux IST ; aux avortements à risque ; à la plateforme OREMI accessible gratuitement via le 7107.
Ces échanges ont permis de déconstruire plusieurs idées reçues fortement ancrées dans les communautés. Certains participants estimaient notamment que :
« Le silence d’une femme équivaut à un consentement »
ou encore
« Les contraceptifs rendent stérile ».
Grâce aux discussions et aux explications apportées durant les ateliers, ces croyances ont pu être déconstruites dans un cadre sécurisé, participatif et sans jugement.
Des performances artistiques engagées pour sensibiliser autrement
Les activités de l’après-midi ont été officiellement ouvertes par la Présidente de JVS, Hermine BOKOSSA qui a souligné l’importance d’impliquer les talents locaux dans les stratégies communautaires de sensibilisation.
Les vingt jeunes artistes formés ont ensuite présenté leurs créations sous forme de compétition artistique. Chorégraphies, chants et pièces théâtrales ont porté des messages clés sur : la prévention des grossesses non désirées ; le recours à des professionnels de santé ; la lutte contre la stigmatisation ; l’accès à des services sécurisés de santé reproductive, y compris d’IVG.
Un jury composé de représentants communautaires, d’un prestataire de santé ainsi que de Gérardine SONGBE, Secrétaire Générale de JVS, a assuré l’évaluation des performances sur la base de critères artistiques et éducatifs.
La journée a également été marquée par un moment d’échange intitulé « L’artiste à cœur ouvert avec les jeunes », au cours duquel un artiste local, Juris Cool, a abordé, aux côtés des participant.e.s, des questions liées à la sexualité responsable, aux choix éclairés et à la prévention.
La cérémonie s’est clôturée par une prestation collective de la pièce collective ‘’ MI WA HLIMIN’’ qui signifie « Venez me sauver» en fon mettant en lumière les conséquences de l’absence de dialogue entre parents et enfants, des tabous autour de la sexualité, de la stigmatisation, de la peur du jugement, du recours à des pratiques clandestines d’avortement.
Une mobilisation communautaire étendue à Zè et Abomey-Calavi
Au-delà d’Allada, les Journées d’Art Communautaire ont également été déployées dans les communes de Zè et de Abomey-Calavi, mobilisant plus de 100 jeunes autour de chaque représentation artistique et échanges communautaires.
Les prestations gagnantes du concours d’Allada y ont été reprises afin de poursuivre la sensibilisation sur : les grossesses non désirées ; les avortements à risque ; l’importance du recours aux services de santé ; les fonctionnalités de la plateforme OREMI.
À Zè, les autorités locales ont salué la pertinence de l’initiative et exprimé leur volonté de voir cette approche communautaire étendue à d’autres localités de la commune.
Le représentant du Secrétaire Exécutif de Zè a notamment déclaré :
« Pour une société qui veut évoluer et atteindre l’émergence, il faut que sa jeunesse soit en bonne santé et j’adresse mes vifs remerciements à JVS pour ce travail qu’il fait à l’endroit de nos jeunes, filles et femmes. »
À Ouèdo, les participant.e.s ont également salué la qualité des échanges et des prestations artistiques, affirmant avoir acquis de nouvelles connaissances sur les DSSR et l’accès aux services sécurisés.
Un dispositif d’écoute et d’orientation mis en place
Tout au long des activités des diverses journées d’art communautaire, un espace confidentiel d’écoute, d’accompagnement et de référencement vers des services de santé sexuelle et reproductive a été mis à disposition des participant.e.s.
Ce dispositif a permis d’offrir des informations fiables et des orientations adaptées aux besoins exprimés par les jeunes présents. Au total, 17 jeunes filles ont bénéficié d’un dépistage au cours des activités.
La plateforme OREMI a également occupé une place centrale dans ce mécanisme d’accompagnement. Accessible gratuitement via le 7107, OREMI a été présentée aux festivaliers : un espace sûr permettant aux jeunes d’accéder à des informations fiables, à une écoute attentive ainsi qu’à des conseils en matière de santé sexuelle et reproductive.
Les participant.e.s ont été sensibilisé.e.s sur les différents services offerts par la plateforme, notamment :
- l’écoute et l’accompagnement psychosocial ;
- les informations sur les DSSR ;
- l’orientation vers des services adaptés ;
- la mise en relation avec des professionnels de santé ;
- les conseils liés à la contraception, aux IST, aux grossesses non désirées et aux violences basées sur le genre.
Une approche innovante pour transformer durablement les perceptions
À travers les Journées d’Art Communautaire 2026, JVS confirme la pertinence de l’art comme outil de transformation sociale et de mobilisation communautaire autour des enjeux de santé sexuelle et reproductive.
En valorisant les talents locaux, en créant des espaces sûrs de dialogue et en favorisant l’accès à des informations fiables, cette initiative contribue à déconstruire les tabous, renforcer les connaissances des jeunes et promouvoir des décisions éclairées en matière de santé reproductive.
Une dynamique à travers laquelle, JVS réaffirme son engagement en faveur d’un accès équitable, inclusif et sécurisé aux services de santé sexuelle et reproductive pour les jeunes et les femmes au Bénin.











