À Zè, Jeunes Volontaires pour la Santé et la DDASM Atlantique mobilisent les jeunes filles-mères pour déconstruire les normes sociales discriminatoires à travers « Le Procès des Normes »

À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes célébrée le 8 mars 2026 autour du thème mondial « Droits, Justice, Action : Pour toutes les femmes et les filles », Jeunes Volontaires pour la Santé, en collaboration avec Direction Départementale des Affaires Sociales et de la Microfinance de l’Atlantique, a organisé dans la commune de Zè une initiative communautaire innovante intitulée « Le Procès des Normes ».

À travers cette activité participative et artistique, l’objectif était de déconstruire certaines normes sociales discriminatoires qui freinent encore l’autonomisation, l’inclusion et l’épanouissement des jeunes filles et des filles-mères, malgré les avancées législatives enregistrées au Bénin en matière de droits des femmes et des filles.

Des normes sociales encore fortement ancrées dans les communautés

Au Bénin, malgré les progrès réalisés grâce à des réformes législatives telles que la loi n°2021-11 du 20 décembre 2021, les filles et les jeunes femmes demeurent confrontées à de nombreuses inégalités alimentées par des normes sociales persistantes.

Les jeunes filles-mères, en particulier, continuent de subir des formes de stigmatisation, d’exclusion sociale et de limitation de leurs droits, affectant leur accès à l’éducation, à l’autonomie économique et à la participation sociale.

C’est dans cette dynamique que Jeunes Volontaires pour la Santé et la Direction Départementale des Affaires Sociales de l’Atlantique ont choisi de créer un espace communautaire de dialogue, de sensibilisation et de remise en question collective des pratiques discriminatoires à travers une approche originale inspirée d’un procès public symbolique.

Former et accompagner les participantes avant le procès

En prélude à la tenue du « Procès des Normes », vingt (20) jeunes filles-mères, sélectionnées en collaboration avec la DDASM Atlantique, ont bénéficié de trois jours de renforcement de capacités du 04 au 06 mars 2026.

Cette phase préparatoire s’est articulée autour de deux composantes complémentaires.

  • Des sessions de formation sur les droits et l’autonomisation

La première phase a été consacrée à des sessions de formation animées par des experts sur plusieurs thématiques liées : aux droits en santé sexuelle et reproductive (DSSR) ; au genre ; à l’estime de soi ; à la prise de parole en public ; à l’autonomisation des filles.

Les participantes ont également été sensibilisées aux différentes normes sociales ciblées dans le cadre du procès ainsi qu’à leurs conséquences sur la vie des jeunes filles et des filles-mères.

Trois normes sociales principales ont été identifiées :

  • la norme de la dépendance décisionnelle, portant atteinte au droit à l’autonomie des filles ; la norme de la valeur sociale, limitant leur droit à la reconnaissance et à la dignité ; la norme de la responsabilité orpheline, compromettant leur droit à l’éducation, au soutien et à l’accompagnement.
  • Une création artistique portée par les participantes elles-mêmes

La deuxième phase a été consacrée à la création artistique et à la préparation scénique du procès symbolique.

Sous la supervision d’un expert en art scénique, les participantes ont été réparties en trois groupes correspondant chacun à une norme sociale spécifique. Chaque groupe avait pour mission de construire une plaidoirie collective articulée autour des impacts de ces normes sur les filles et les femmes.

Les jeunes participantes ont ainsi été accompagnées dans : la mise en scène ; l’expression corporelle ; les répétitions artistiques.

Au sein de chaque groupe, une avocate principale a été désignée pour défendre la cause portée par le collectif, tandis que les autres participantes jouaient les rôles de témoins et de soutien scénique.

Ces différentes séances de préparation ont permis de renforcer la confiance en soi des participantes tout en leur offrant un espace d’expression et de valorisation de leurs expériences et réalités.

Un procès symbolique pour interpeller la communauté

Le 10 mars 2026, le « Procès des Normes » a été présenté au public au GUPS de Zè en présence des autorités locales, des acteurs communautaires, des parents et de nombreux jeunes.

Après une présentation du contexte de l’initiative et le mot d’ouverture de la représentante de la Direction Départementale des Affaires Sociales, la communauté a assisté au moment central de l’activité : la mise en scène du procès symbolique des normes sociales discriminatoires.

Dans une approche participative et immersive, les membres du public ont été directement impliqués dans le déroulement du procès. Munis de pancartes vertes et rouges, ils étaient invités, après chaque plaidoyer, à se prononcer pour le maintien ou l’abolition de la norme présentée.

À l’issue des échanges, les trois normes ont été reconnues coupables et symboliquement abolies par la communauté présente : la norme de la dépendance décisionnelle ; la norme de la valeur sociale ; la norme de la responsabilité orpheline.

Cette séquence a constitué un moment fort de sensibilisation collective autour des droits des filles, de leur autonomie et de leur inclusion sociale.

Une mobilisation communautaire en faveur des droits des filles

La cérémonie s’est poursuivie par une clarification des messages clés portés par le procès ainsi qu’une présentation du processus de préparation des participantes ayant contribué à la réussite de l’initiative.

Prenant la parole au nom de la Directrice Départementale des Affaires Sociales de l’Atlantique, la Cheffe du Service de la Protection Sociale et de la Promotion Humaine et des Personnes Âgées (C/SSPHPA) a invité les parents et les communautés à repenser l’éducation des filles en mettant davantage l’accent sur : leur autonomie ; leur maintien à l’école ; leur accès aux droits fondamentaux ; la prévention des grossesses non désirées.

La portée communautaire de l’initiative a également été marquée par l’adhésion des leaders traditionnels présents lors de l’activité. Le Roi de Zè Sèdjèhougoudou, DADA DODABI LAMANONTE, a salué l’engagement des participantes ainsi que la pertinence de cette approche communautaire portée par JVS :

« Je suis très sidéré par ce que ces filles-mères viennent de faire. À travers cette initiative, nos filles sauront désormais que les filles et les garçons ont les mêmes droits et sont tous égaux. Si JVS faisait depuis ce genre d’actions dans notre communauté, plusieurs de nos filles auraient pu éviter certaines erreurs. »

Cette intervention a renforcé la dimension communautaire et transformative de l’activité, en mettant en lumière l’importance du dialogue entre jeunes, familles, autorités locales et leaders traditionnels pour faire évoluer durablement les perceptions autour des droits des filles et de l’égalité.

Une approche innovante pour transformer les perceptions sociales

À travers « Le Procès des Normes », JVS et la Direction Départementale des Affaires Sociales et de la Microfinance de l’Atlantique démontrent la pertinence des approches artistiques et participatives dans la lutte contre les discriminations et les violences basées sur le genre.

En donnant la parole aux jeunes filles-mères elles-mêmes et en impliquant directement les communautés dans un exercice de réflexion collective, cette initiative a permis de créer un espace sûr de dialogue autour des normes sociales qui limitent encore l’épanouissement des filles et des femmes.

Cette activité marque ainsi une étape importante dans la promotion des droits des femmes et des filles dans la commune de Zè et réaffirme l’engagement de JVS en faveur d’une société plus juste, inclusive et respectueuse des droits humains.

Partager cette initiative: